La nostalgie est un vilain défaut (seconde partie)

Sorties de route

Confinés à l’intérieur par une pluie continue, c’est le moment de publier une suite au premier article de ce site consacré à l’obsolescence des choses, à leur disparition inéluctablement programmée, car tout a une fin…

Cette fois-ci, c’est au transport que sera consacrée cette publication. Plus précisément au transport mécanique, dont la force motrice est généralement fournie par une énergie qui devient rare, le pétrole.

Commençons par la source de celui-ci, pour les véhicules qui nous intéresseront dans la suite de cette parution. Voici le point de départ, pas très moderne, pas plus fonctionnel aujourd’hui que ceux qu’il alimentait. Au début était la pompe à essence…

Mémoire de l’époque où les distributeurs de carburant faisaient le mur

Nous sommes dans l’immédiat après-guerre. Les moyens de transport étaient bien plus rustiques que nos modernes engins. Et notamment les utilitaires, qui pour certains démarraient encore avec la manivelle, actionnée par des bras vigoureux.

Dans la cour d’une ancienne scierie, à Claix en Isère

Au hasard des promenades en campagne, on rencontre parfois des voitures, des camions… abandonnés, habités seulement par de la végétation ou par des petits animaux. Si ces objets paraissent en photo d’un intérêt graphique, ils n’en sont pas moins des pollutions… Tant qu’ils n’ont pas été digérés par le temps. Cela viendra, un jour.

Installons-nous au volant,

Balade au flanc du Vercors

Enclenchons la première vitesse,

Vercors encore

Nous pouvons démarrer et continuer cette visite, en comptant sur la robustesse de ces moteurs solides, lourds, fidèles bien que souvent capricieux.

Engin de travaux publics, Hautes-Alpes

Sur ces chemins cahoteux, nous avançons fort secoués. Regrettant de ne pas disposer d’un de ces bolides qu’admirent les spectateurs du Paris-Dakar, comme ces fabuleux buggies.

La Claix des champs, avec un tel outil !

Mais restons raisonnables, nous n’avons pas les moyens d’un tel bijou. Alors, modestement, rabattons-nous sur une classique berline rurale, dans laquelle on peut entasser enfants, légumes du jardin pour les vendre au marché, et bien sûr, comme tous à la campagne à cette époque, le (ou les) chien(s).

Peugeot 203 commerciale, circa 1955, Félines sur Roubion

Il aurait aussi été possible d’opter pour la version familiale, le coffre est suffisamment vaste pour un usage au quotidien. Autre avantage, la banquette arrière en skaï bien glissant et sans séparation, très appréciée dans les virages serrés. Appréciée des très jeunes, moins des adultes !

Celle-ci finit ses jours à Allex, dans la Drôme

Mais le manque de moyens peut aussi conduire à un choix plus simple. Une autre utilitaire de cette époque était la 2 CV, rustique et efficace, mais bien peu confortable lorsqu’on chargeait plus de 6 ou 7 passagers. Ah, les maudits tubes de la « banquette » arrière ! C’est plus souvent cette version basique que l’on croisait sur les routes des provinces profondes, telle la Champagne de mon enfance. Ou encore la version fourgonnette, appréciée des agriculteurs et maraîchers, reine des chemins boueux ou enneigés sur lesquels on circulait à cette époque.

Bien à l’abri à Bourdeaux !

Un autre modèle iconique, on en voit encore sur les routes, était l’Estafette Renault, légèrement plus tardive. Oh, le plaisir de se coincer les doigts dans la porte latérale, qui se débloquait brutalement après de longs efforts !

Dans la Drôme, toujours à Allex

Pour transporter encore plus, il était possible de se tourner vers le Peugeot D3, au museau proéminent en raison d’un radiateur encombrant.

Peugeot D3 en villégiature bourdeloise

Un peu plus tard vint le Peugeot J7, qui fit l’objet de multiples usages et déclinaisons. Celui-ci a été transformé en pizzeria ambulante.

La pizzeria de Félines, sur une place arborée

Si on ne cherchait pas un usage mixte, ou professionnel, on pouvait alors trouver sur le marché automobile des voitures plus petites, telles la SIMCA Aronde, largement répandue.

Une hirondelle au repos. Allex toujours.

Avant de clôturer cette promenade nostalgique, faisons un détour vers les deux roues et un pays étranger, en l(honneur de la COP 27 qui a débuté il y a quelques jours. Elle se déroule en Egypte, à Charm el-Cheikh. Voici une moto bien anglaise, au détour d’une rue du Caire.

BSA, a priori une M21 600 cc (merci de me corriger, si erreur il y avait)

Les anglaises avaient la réputation de perdre leur huile sur les trottoirs, et aux feux rouges. Apparemment ce n’est pas le cas de celle-ci. Mais dans l’éventualité où le carter se serait fendu, il aurait été utile de faire appel aux secours. Comptons sur les équipements modernes de nos pompiers pour d’un jet puissant nettoyer la chaussée.

Le Hohwald, en 2009

C’est ainsi. La nostalgie est un vilain défaut, mais il faut aussi savoir se faire plaisir et sourire de nos souvenirs.

Montréal, une ville française ?

Une visite au Canada, épisode 1

Il existe bien en France des villes dénommées Montréal, mais elle ne sont pas comparables en taille et en notoriété avec la métropole canadienne (québecoise, plus précisément), où la langue française reste la langue la plus pratiquée. Peut-être plus pour très longtemps…

Montréal est en fait une ville américaine, où (presque) tout le monde parle français.

Au-delà de cet avantage linguistique pour les touristes que nous étions dans le cadre d’une visite familiale, Montréal est une ville accueillante, où nous nous sommes immédiatement sentis à l’aise, confortables, en sécurité.

La ville et son fleuve (Montréal est bâti sur une île du Saint Laurent) – notez la gigantesque fresque murale portrait de Leonard Cohen

Notre séjour s’est déroulé fin septembre, début octobre. L’été indien est pour bientôt, mais aujourd’hui nous pérégrinons dans la ville, et notre première visite est pour le Mont Royal, tout naturellement…

Cette éminence domine et contemple la ville. Les règles d’urbanisme locales, par décret du gouvernement du Québec promulgué en 2005, font qu’aucune construction ne pourra s’élever au dessus du sommet de la colline, qui culmine modestement à 234 mètres. Ce qui pour un building moderne n’est pas grand chose (pour comparaison : le plus haut building du Canada est la tour CN à Toronto, 147 étages et 447 mètres, presque le double).

La ville est un mélange étonnant d’ancien et de moderne. Si cela se retrouve dans l’habitat, c’est tout aussi vrai pour les immeubles de bureau, comme nous le découvrons au hasard des rues que nous parcourons à pied.

La juxtaposition de constructions de différents styles et époques est surprenante !

Mais n’oublions pas les églises et les autres édifices à caractère religieux. Montréal, autrefois dite la Rome d’Amérique, compte en 2011 plus de 600 lieux de culte, souvent catholiques romains, majoritairement chrétiens, mais aussi judaïques, islamiques, bouddhiques, parmi d’autres.

Église catholique représentative du style néoclassique

Ces édifices sont soutenus par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, lorsqu’ils ont été construits avant 1945.

Étrange, avec son quasi-minaret…

Nous pouvons sourire, gens de l’ancien monde (?) monde, de cette intention de protection compte-tenu de la richesse patrimoniale de notre vieille Europe. Mais soyons humbles, tout est relatif et ce qui importe avant tout est d’inscrire dans le paysage une histoire commune qui forge une identité collective.

Bâtiment religieux inséré dans la cité : noter la fresque (une murale, en québecois)

Cette culture religieuse se double d’un autre culte, celui des « murales« , œuvres d’art exécutées sur un mur d’immeuble, d’un caractère permanent (dans la mesure où la rénovation de la ville ne détruit pas le support lors d’une opération de démolition/reconstruction) ou temporaire. La cohabitation de ces caractères urbains se fait sans heurts, comme en témoigne l’image ci-dessus. Je vous proposerai plus tard une série sur ces impressionnantes peintures, dont la beauté et la puissance sont remarquables, souvent, et qui n’ont donc rien à voir avec les graffitis qui souvent défigurent nos villes (ceci-dit, Montréal n’est pas exempte de graffs, malheureusement).

Au sommet d’un ancien bâtiment de stockage, boulevard Saint Laurent

Un autre type de patrimoine est constitué d’anciens bâtiments et/ou installations industrielles. Si certains vestiges sont discrets, comme celui-ci situé au sommet d’un immeuble caractéristique mais d’un type assez commun dans la ville (un ancien entrepôt), d’autres sont en revanche des monuments en eux-seuls, comme cet ancien silo au bord du canal de Lachine.

Silo à grains, rénové, au bord du canal de Lachine

La présentation qui suit, en italique, est empruntée à Wikipedia.

Le canal de Lachine est un canal traversant la section sud-ouest de l’île de Montréal entre le lac Saint-Louis et le Vieux Port. Nommé d’après l’arrondissement de Lachine, il permet d’éviter les rapides du même nom sur le fleuve Saint-Laurent. Ouvert en 1825, agrandi deux fois au XIXe siècle, il a joué un rôle important dans le développement industriel du Canada et de Montréal. Il est fermé à la navigation commerciale depuis 1970, remplacé par la voie maritime du Saint-Laurent.

Le canal est désigné lieu historique national du Canada en 1929. Une piste cyclable et pédestre longe ses berges depuis 1977 et après trente années d’inactivité il est rouvert à la navigation de plaisance en 2002.

L’écluse d’accès au canal, à la jonction avec le Vieux Port

A proximité, dans le Vieux Montréal, le Marché Bonsecours témoigne lui aussi du développement économique de Montréal le long du fleuve Saint Laurent et du canal.

Le fameux dôme du Marché Bonsecours, emblème de la ville

Enfin, il est difficile de parler de Montréal sans évoquer le Saint Laurent, la grande artère fondatrice de la ville, et notamment le pont Jacques-Cartier qui l’enjambe. Nous le voyons ici depuis le Vieux port.

Le pont Jacques-Cartier et la seconde grande-roue de Montréal

Un dernier coup d’œil, de l’autre côté du bras du fleuve qui nous sépare de l’Île Sainte-Hélène, où on aperçoit la Biosphère, attraction montréalaise connue de tous, avant de refermer le premier chapitre de ce voyage au Québec.

L’Île sainte-Hélène et le sommet de la Biosphère, sur l’autre rive

C’est tout pour aujourd’hui. A suivre, bientôt…

Chez Bonnet…

Monsieur Bonnet a existé. Il était ouvrier agricole. Célibataire sans doute, mais l’histoire ne le précise pas. Il habitait dans une cour de ferme, dans une masure sans eau, sans électricité, avec une simple cheminée en guise de cuisinière et de chauffage.

Son domicile a été ouvert à la visite. C’était ce week-end, 17 et 18 septembre 2022, les Journées du Patrimoine. Poussons la porte, et en faisant attention tant aux obstacles à terre qu’aux outils et autres objets accrochés à hauteur de nos cheveux, saisissons l’esprit des lieux. Par l’image…

La cour

On parvient chez Monsieur Bonnet par un plan incliné, à droite sur cette image. Contre le mur de la grange en pisé, à gauche de la descente des eaux pluviales, subsiste le support en bois de la pompe à main qui alimentait le logement.

Le placard

Peu de vêtements, peu de biens. Le seul espace de rangement est un placard mural, pour l’ouvrir il a fallu nettoyer les abords.

La pince

Sur ce placard, une pince. Bizarre. A quoi servait-elle ? A accrocher des notes, des instructions ? Le locataire de ces lieux savait-il lire ? Et puis, est-elle d’époque ? Cela n’est pas sûr.

Il fut un temps où l’électricité illuminait cet endroit.

D’autant moins sûr que Monsieur Bonnet n’avait pas l’électricité, nous le savons. Or, un système d’éclairage que nous ne pourrons qualifier de moderne a été installé dans la salle. Fort heureusement, plus rien n’est branché, c’est rassurant compte tenu de la vétusté de l’ensemble.

Mais alors, à quelle époque vivait Monsieur Bonnet ? Une plaque de concours agricole sur la cheminée pourrait peut-être nous aider, examinons-la.

Second prix au concours d’instrumens (sic) à main de 1859

Monsieur Bonnet était donc un bon ouvrier. Capable de réaliser des instruments agricoles à main, semble-t-il. Il aurait donc vécu au mitan du XIX ème siècle.

Les tissus de la porte d’entrée

Un regard en arrière pour s’assurer que son fantôme ne se penche pas au dessus de notre épaule. Non tout va bien, le jour luit dehors, malgré le filtre des voilages. Reprenons notre exploration et regardons au plafond…

Décor arachnéen, pièce numéro 1

Et là, surprise, nous pouvons contempler des œuvres d’art, réalisées par les chasseuses d’insectes, appelées à régner dans cet endroit abandonné. La sciure relâchée par les poutres et le plancher auxquels elles sont accrochées leur donne une densité et une couleur inhabituelles. En voici une, en voici deux, trois…

Décor arachnéen, pièce numéro 2

Quant aux formes ! Elles sont étonnantes, variées. Plates ou rondes, lisses ou trouées, pleines ou comme en dentelles…

Décor arachnéen, pièce numéro 3

Elles ne datent sans doute pas de l’époque de Monsieur Bonnet, mais elles portent quand même le poids des ans. Quels sont les auteurs de ces œuvres ? Partons à leur recherche…

L’autre fenêtre

Une investigation un peu poussée confirme nos soupçons. A l’avenant du reste des lieux, une fenêtre habillée de tissu grossier nous présente une solution. En nous approchant, nous commençons à y voir clair, si l’on peut dire ainsi dans cette semi-obscurité.

Une des coupables

Une des membres de cette bande d’assassin, pas plus vivante que ses victimes, nous donne la réponse. Et celle-ci est simple. Les araignées ! Monsieur Bonnet n’était pas, sauf preuve du contraire, une fée du logis et ses successeurs n’ont pas été plus versés dans la bonne tenue d’un ménage. On a dû voir en ces lieux plus souvent de la tête de veau qu’une tête de loup. Lui-même était peut-être une tête de mule…

Ce fut ainsi une visite hors norme, publiée à l’occasion des journées du patrimoine 2022 !

La nostalgie est un vilain défaut (première partie)

Février a laissé sa traîne de glace, qui s’est incrustée en ces premiers jours de mars. Au chaud devant mon écran, je parcours les images de temps plus agréables. Et je retrouve celles que j’ai collectées il y a déjà quelques années au long d’une rivière, dans une ambiance à la fois ensoleillée et onirique…

Il y a deux semaines, la Russie a envahi l’Ukraine. C’est peut-être à cause de cet événement que cette image d’une nostalgie poétique a retenu mon attention. Parce qu’il reste un peu de couleur malgré les assauts des agents agresseurs, parce qu’il y a un message qui aujourd’hui trouve un écho singulier…

La liberté, soleil de la conscience

Liberté, liberté, qu’as-tu fait de ta liberté, de ceux qui voulaient te défendre ?

Avec une rose au chapeau, bien plus jolie qu’un drapeau…

Rien n’a changé dans leur cœur, ils n’ont pas froid, n’ont pas peur, c’est toujours toi liberté leur soleil.

Le flot d’information nous accable, il nous donne mauvaise conscience. Avons-nous le droit d’être heureux quand d’autres souffrent de blessures, de privations physiques et morales ? La mauvaise conscience est-elle une obligation ? Que faire quand nous ne pouvons rien faire, ou pas grand chose ? Quand il est tout simplement raisonnable d’être égoïste, quand aucune porte ne s’ouvre, si ce n’est sur un dilemme irrésolu…

Les reflets de ces enveloppes déchirées me semblent illustrer ce malaise. Il y a le solide de la réalité, la matière, le matériel. Il y a aussi le reflet trouble que l’eau calme renvoie à nos émotions et à nos esprits.

La mémoire du travail des uns est la toile de fond des loisirs des autres
A quoi sert une chaîne quand bouger n’est plus possible ?
Sourire édenté
Métal hurlant
Janus l’endormi repose
De quel mal témoigne cette éventration ?

A certains moments seule la ruine survit. Et elle nous renvoie à des temps meilleurs, à des époques où il était possible de parcourir les horizons sans crainte et sans honte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Tout est là, tout est perdu
Même si, parfois, il reste les lignes quand ont disparu les apparences cosmétiques

La nostalgie est un vilain défaut. Et pour la satisfaire aujourd’hui, ce sont des vers de Musset qui remontent à la surface de mon esprit…

Eh bien ! ce fut sans doute une horrible misère que ce riant adieu d’un être inanimé.  Eh bien ! qu’importe encore ? Ô nature ! ô ma mère ! En ai-je moins aimé ?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tête ; jamais ce souvenir ne peut m’être arraché ! Comme le matelot brisé par la tempête, je m’y tiens attaché.

Je ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent ; ni ce qu’il adviendra du simulacre humain, ni si ces vastes cieux éclaireront demain ce qu’ils ensevelissent.

Poussière, tu retourneras en poussière…

Le soleil comme les traits s’est effacé. Les larmes du ciel détrempent les restes. Ne demeure que ce que l’imagination peut reconstruire des temps plus heureux… Bientôt le printemps, qu’apportera-t-il ?

Sylvographie, sylvothérapie ?

De l’insatisfaction naît la transformation…

Je rencontre parfois au cours de mes promenades des paysages qui d’un coup s’imposent à mes yeux. Souvent ce sont des arbres qui attirent mon regard. Particulièrement en hiver, ou au printemps, quand l’ossature, le squelette est rendu apparent par l’absence du feuillage. La ramure se déploie alors, à l’instar de celle du cerf qui frappe l’imagination en déployant toute la puissance et la beauté de l’animal. Mais fort heureusement l’arbre ne perd pas sa ramure à chaque fin d’hiver !

La plupart du temps j’ai un appareil avec moi. Mon compact, plus précisément un Sony RX100, ou mon reflex habituel. Je saisis l’instant, j’inscris ce personnage sylvestre dans son environnement, qu’il soit calme ou venté, humide ou sec. Mais bien souvent je suis frustré au développement. J’avais sans doute vu en noir et blanc, car ce qui apparaît sur l’écran est bien loin de ce que j’avais souhaité y ytrouver. Les couleurs en particulier peuvent être fort éloignées de mon souvenir, ternes ou criardes. Déçu, je m’apprête à mettre l’image à la poubelle. Ce qu’aucun photographe n’aime faire. Je ne le fais donc pas immédiatement…

Je me donne un peu de temps, et il arrive parfois que, quelques jours ou quelques semaines plus tard, je revienne sur cette photographie. Je corrige, je transforme. En noir et blanc. En sépia. Tiens, en sépia. Cela me va bien. J’aime beaucoup les photos anciennes, et cette couleur convient bien à mon tempérament un peu nostalgique.

Allons-y. Je puise dans ma boîte à outils, et y trouve la suite logicielle Nik Collection. J’avais oublié jusqu’à son existence. A l’époque où je l’avais chargée elle était gratuite, j’avais été bien inspiré. Depuis, c’est une autre histoire. Mais je ne m’en suis jamais servi, peut-être parce que je ne l’avais pas payée, allez donc savoir ?

Ainsi, à partir d’une photo que j’avais du mal à détruire, j’ai composé une série que j’ai pu exposer, et que je pourrais compléter le cas échéant.

Mais commençons par le début de l’histoire…

Il était une fois une photo qui évoque une belle journée de randonnée, mais dont je ne suis pas satisfait, car elle est terne :

La photo originale

J’essaye de lui redonner du tonus, en couleur encore, mais le résultat est artificiel. L’insatisfaction demeure…

La même image, après un premier traitement

C’est mieux, mais ce n’est pas encore cela. D’où l’expérimentation de la Nik Collection. Je tâtonne, j’essaye le noir et blanc, les effets dramatiques. Rien ne me convient. Je change de filtre, et essaye Silver Efex. Intéressant. Je puise dans les filtres anciens, je transforme l’image en sépia, effet Ancienne plaque. Et là, oh miracle ! je découvre un résultat plaisant. De mon point de vue bien sûr…

Toujours la même image, cette fois traitée par la Nik Collection, module Silver Efex, 036 Ancienne plaque II

J’essaye le filtre précédent, par acquit de conscience. Pas mal non plus, mais je n’y trouve pas mon compte.

Avec le filtre 035 Ancienne plaque I

Je reviens à l’édition précédente, et cette fois procède avec une image moins compliquée, mais dont les couleurs ne me satisfont absolument pas, et que je n’arrive pas à traiter comme je le souhaite :

Au sommet de La Lance (Drôme)

Je passe directement au sépia. Bonheur !

Sans couleur, avec un fort vignettage, voici qui me convient bien !

Je m’acharne, au risque de travailler par procédé (au sens de « recette toute faite visant à obtenir artificiellement un résultat avec peu de moyens »). Mais je sors quelques images qui me conviennent, et que je me permets de vous faire partager sans autres commentaires…

El Desdichado
Le fantôme de la falaise
Mélancolie sans queue ni tête
Mirage de début d’été

Ces transformations m’ont permis de générer de nouvelles images, que j’ai tirées. Le rendu sur papier mat est superbe… Cela en valait la peine (cela en valait le plaisir !).

Illustrer un dossier patrimonial

Au-delà de sa fonction de loisir, ou de recherche personnelle, la photographie peut être un outil d’illustration d’un dossier administratif. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut rester strictement documentaire, avec des images purement descriptives. En effet, il arrive qu’il soit possible de combiner efficacité iconographique et plaisir, tant à la prise de vue qu’au développement.

Projet du jour, quelque part en Rhône-Alpes : établir le bilan patrimonial imagé d’un site remarquable. Commençons par poser le cadre…

Première image, premières impressions

La vue est ici prise en surplomb, au moment du repérage initial. Cette étape permet de prendre connaissance de l’organisation des lieux, et de repérer les aspects patrimoniaux les plus marquants.

Une fois cela fait, retour au bercail pour le lendemain revenir sur site avec la personne chargée de me faire découvrir cet ensemble architectural. On accède à la ferme par le chemin de terre visible juste au dessus des toitures.

Vue prise du carrefour avec la départementale, sur laquelle se raccorde le chemin d’accès

Ce matin il fait très froid, nous sommes en janvier. La lumière est bien différente de celle de la veille, mais cela n’aura pas d’incidence sur les prises de vue. Si ce n’est qu’il est toujours difficile avec les doigts gourds de manipuler les réglages et le déclencheur de son boîtier (un Pentax K3-II, parfait pour ce type de tâche).

Vue vers la plaine et le village proche

Certains seront tentés de passer la mise en situation, de ne pas décrire l’environnement du lieu. Mais ce serait d’autant plus dommage qu’il est bien esthétique, dans la brume légère de ce jour d’hiver.

Les bâtiments forment une cour close. Le portail est déjà ouvert, le photographe est attendu

Les photos de l’extérieur peuvent être faites avec un zoom (en l’occurrence l’excellent 16-85 mm, Pentax encore et toujours).

Le portail et son encadrement de pierre, en parfait état

Maintenant il va falloir mettre en évidence à la fois les aspects positifs du bâtiment (dont la toiture, entièrement refaite) et l’état d’abandon des locaux. C’est le cahier des charges qui a été proposé et accepté. Le travail commence par les anciens bâtiments agricoles.

L’état de propreté des lieux est impressionnant

Dans un premier temps, le zoom standard remplit parfaitement son rôle, et permet de mettre en évidence le bon état des salles, alors qu’elles n’ont pas été utilisées depuis bien des années. L’association qui utilisait les lieux a fait un remarquable travail d’entretien courant et de nettoyage.

Mais les choses se compliquent lorsqu’il s’agit d’illustrer les lieux de grand volume, sans disposer d’un recul suffisant. Le grand angle devient alors indispensable. Exemple, le cas de cette salle splendide qui combinait une bergerie et un fenil dont le plancher a aujourd’hui disparu :

Vue non corrigée optiquement de la bergerie, depuis la porte d’accès du fenil

Il faut donc en passer par un traitement logiciel. Ici c’est Lightroom CC d’Adobe qui a été utilisé :

Vue de la même bergerie, à l’opposé de la photo précédente

Petite difficulté, si l’allure générale (et la beauté !) de cette salle est bien rendue, si les perspectives sont bien redressées, il n’est pas certain que les proportions soient bien réalistes.

La même difficulté apparaît dans les pièces d’habitation. La première image est « brute de capteur », la seconde est corrigée par le logiciel :

Photo non développée, les droites sont totalement déformées
Après correction des perspectives

Il est bien difficile de dire laquelle des photos est la plus conforme à la réalité. En fait, il s’agit de deux interprétations différentes. La première représente mieux les volumes, la seconde corrige les formes, mais en donnant l’impression d’une surface bien plus importante que la perception lors de la prise de vue.

Vue du premier étage du bâtiment d’habitation

En étant prudent, car les planchers sont dangereux, il est possible d’accéder à l’étage. Ceci permet de mettre en évidence le mauvais état de certaines parties, quasiment inaccessibles en raison de la vétusté.

Le soleil a enfin fait son apparition, la lumière change, les ombres sont un peu plus marquées.

Vue depuis le chemin d’accès, les ombres sont maintenant fortes

Il reste encore à décrire l’architecture d’ensemble de la ferme de manière plus précise. Retour vers le point d’observation utilisé hier à la recherche d’une fenêtre de prise de vue. Recherche bien difficile, car même si les arbres sont nus, les branchages perturbent la mise au point. Enfin une solution est trouvée, mais il convient quand même d’éliminer les éléments perturbateurs en bas de l’image. Là encore le recours au logiciel s’avère efficace…

Avant élimination des détails gênants (premier plan)
La même photo après traitement par Lightroom

Cette séance photographique s’est faite en deux séquences. Le temps passé sur site a été largement inférieur au temps derrière l’écran. Cela n’en reste pas moins un vrai plaisir, celui de « créer » l’image que l’on recherche, expressive autant que documentaire. Parfois en allant au delà du réel, comme cette dernière photo, volontairement poussée comme une forme de dramatisation. C’était un peu l’esprit du lieu à ce moment là…

Juste pour le plaisir de l’œil et de l’esprit…

Réunion sans soleil, mais pas sans plaisir

En vacances à La Réunion dans un contexte de visite familiale, nous avons eu le loisir de pratiquer (à notre modeste niveau) la randonnée dans quelques uns des plus beaux cadres possibles, et en particulier en traversant le cirque de Mafate.

Une première observation, un dimanche ensoleillé, a permis de faire connaissance avec la topographie surprenante, tourmentée, de ce lieu magique que quelques jours plus tard nous allions traverser.

Vue générale du cirque, depuis Roche Verre Bouteille

Mais à La Réunion, début octobre, la météo est fort variable. Et si nous avons quitté la côte ouest par un temps bien plaisant, l’arrivée au Col des Bœufs ne nous a pas donné l’occasion de contempler la classique carte postale : ciel dégagé, couleurs éclatantes de la végétation, température estivale (selon nos critères métropolitains)…

Le cirque de Mafate vu du Col des Bœufs, le 7 octobre 2021

Qu’importe, cela sera l’occasion de réaliser des images moins classiques, et de mettre en valeur des formes parfois fantastiques sans qu’elles soient écrasées par une lumière trop vive.

Nous nous engageons sur le sentier qui descend par une pente raide vers les hameaux du cirque. Il reste encore un coin de ciel bleu…

Très rapidement, nous plongeons dans un autre univers. Nos yeux, notre esprit, sont accaparés par la végétation étonnante qui se dégage de la brume à chaque pas que nous faisons. Nos pieds foulent un sol souple, quand ils s’écartent des lames de bois disposés pour faciliter la marche.

Cheminement sous la frondaison

La végétation se transforme. Surprenante pour un randonneur européen, elle témoigne de l’humidité de ces lieux, de la moiteur du climat du centre de l’île.

Le déploiement des fougères géantes
Les mousses qui telles de longue barbes habillent les branches de l’ombre

Nous quittons le relief, pour continuer notre chemin sur un sol bien stable. Il n’y a pas d’horizon, la végétation est partout. Pas très haute, mais dense. Sur un sentier aussi facile nous pouvons laisser nos sens errer et notre imagination développer des rêves éveillés.

Un moment de bonheur pédestre

Et nous arrivons ainsi au premier hameau, La Nouvelle. Nous n’avons toujours pas vu Mafate sous le soleil. Il ne brille que par son absence…

L’église
L’école
Le dispensaire, qui porte fièrement un panneau CHU !

Nous pouvons réaliser à quel point l’éloignement de la ville et les difficultés d’accès modèlent l’habitat et l’organisation sociale d’une manière plus générale. Même si depuis quelques années le transport sous hélicoptère s’est développé, la sobriété est la règle de fonctionnement de la communauté.

Nous reprenons notre chemin. La végétation est luxuriante. L’eau est partout, nous traversons plusieurs torrents, à pied presque sec ou sur des passerelles bien aménagées. Des cascades ruissellent d’une eau fraîche et claire.

Une des cascades

Nous hâtons le pas. Le jour tombe et il nous faut arriver avant la nuit à Marla, le hameau où nous devons loger. Il commence à pleuvoir, la température descend. Nous enfilons nos vestes imperméables. La fin de cette journée se fait à la frontale, sur un sol devenu glissant avec la pluie. Heureusement, le gîte Trois Couleurs est confortable, un bon repas nous remet à peu près d’aplomb, après une douche bien froide. L’inconvénient de l’énergie solaire ! Les autres randonneurs sont arrivés bien avant nous, et ce n’est pas la lueur de la lune qui va nous permettre de disposer d’eau chaude au réveil.

Nous repartons le lendemain matin, toujours sous les nuages, pour rejoindre Cilaos via le Col du Taïbit.

Marla, depuis le sentier vers le col

La montée vers le Taîbit se fait sous les nuées, mais il ne pleut plus, et la température est redevenue clémente. Elle est même bien agréable, confortable. Et les paysages qui se dévoilent à nous au détour du chemin sont toujours aussi beaux.

La végétation s’accroche partout, parfois imposante par sa taille

Nous arrivons au col. Une courte pause, et nous commençons la descente dans la brume, le paysage devient vraiment féérique.

Début de la descente vers Cilaos
L’imagination se saisit des formes estompées par la tiède grisaille

Et puis, alors que nous cheminons entourés d’arbres étranges, nous apercevons une timide lueur bleue au dessus de nos têtes. Bientôt, dans la plaine, le soleil nous rejoindra.

L’écorce tout en relief de certains arbres fascine lorsque le regard s’élève

Nous arrivons à la tisanerie. Endroit surprenant, qu’on nous avait vanté (méfiez-vous des guides touristiques !) et qui se révèle un peu décevant. Pour autant cette pause nous permet de visiter un jardin tout en couleurs bien locales, nettement plus vives que le feuillage que nous avons pu admirer depuis deux jours.

La couleur, le retour.

Encore quelques lacets en descente, nous sommes arrivés. Notre périple se termine à Cilaos, belle bourgade où nous flânons. Retour à la civilisation mais toujours avec une pointe d’exotisme, qu’il est possible d’illustrer par la couleur de certaines cases anciennes.

Quelle belle île ! La longueur et la pénibilité de notre voyage sont bien loin, effacées par la richesse de notre séjour, par la beauté des paysages et par la gentillesse et la tolérance des réunionnais.

Pompiers de Bourdeaux, un exercice nocturne

Être bénévole n’exclut pas l’obligation de formation, et c’est particulièrement vrai lorsqu’on appartient à un corps tel que celui des sapeurs pompiers volontaires. En témoigne l’exercice réalisé en avril 2019 le long du Roubion, dans le village de Bourdeaux, qui s’est déroulé en deux temps distincts.

Photographiquement parlant, cette séance n’était pas simple. Même si l’accueil des membres du Club Photo de Bourdeaux par les intervenants a été bienveillant, les difficultés techniques de la prise de vue ont fait augmenter considérablement le taux de rebut des images réalisées par les adhérents…

En effet, les très forts contrastes ont nécessité d’expérimenter différents réglages, notamment pour conserver un minimum de matière aux bandes rétro-réfléchissantes des véhicules ou des uniformes. Dans ces conditions, adopter le format RAW (en l’occurrence le format DNG d’Adobe des boîtiers Pentax) sur le terrain et accepter un minimum de post-traitement est une nécessité.

Première séquence : sécuriser une personne tombée d’un parapet et la hisser pour en permettre l’évacuation. Rassurez-vous, il s’agit bien là d’une simulation pour les besoins de l’entrainement !

Arrivée sur les lieux
Déploiement
La « victime » a été repérée. Un volontaire descend vers elle, assuré par ses pairs
Évaluation et prise en charge
Coordination lors du hissage
Fin de l’exercice, relâchement après l’effort

Seconde séquence, une intervention sur un toit, celui d’une ancienne école. Là encore, c’est une équipe qui intervient, et non une ou des individualités.

Le principe : intervenir en sécurité quelque soit l’élévation
Reconnaissance des lieux et action
Investigation complète avant repli
Fin de l’exercice. Et rangement, comme il se doit…

L’ensemble a pris une heure et demie. Bien que l’équipe soit principalement composée de volontaires, elle agit avec professionnalisme. Merci à tous ceux qui ainsi veillent et nous protègent.

Série réalisée avec un Pentax K3-II, prise de vue en RAW (DNG) et développement avec Lightroom.

Une visite en touriste…

A l’occasion d’une sortie au restaurant, une balade dans les rues de Lyon, un beau dimanche de juillet. La ville est belle, la vie est belle, en musardant tête en l’air ou attentif au décor on découvre un lieu connu comme une nouveauté.

La ville est un paysage, elle a une dimension »horizon » quand on prend du recul, quand on acquiert de la perspective avant de passer aux immeubles, et à leurs détails.

L’horizon lyonnais ne peut être disjoint de l’eau qui l’anime

Si l’élément liquide appartient à l’histoire de la ville et à son âme, les immeubles représentent une minéralité égayées par des couleurs contrastées.

Contraste également de l’ancien et du « moderne », contemporain
Formes et couleurs
L’aridité du béton, enrichie des formes travaillées de cette traboule

Nous sommes dans une ville. Elle est en place, les humains s’y déplacent. Ils y vivent, ils y viennent, ils l’admirent…

Les trois sœurs
Cohabitation
Communication
Relaxation

Et puis il y a ces détails, qu’ils soient vitrines de magasin, tags, affichettes, graffitis… qui font de la ville un lieu toujours renouvelé, même si ce n’est pas toujours au bénéfice d’une esthétique traditionnelle…

Boutique pour « non-binaires » ? Je suis perplexe
Staliban, plutôt, à notre époque…
Le mur a des oreilles…
…mais prendre ses jambes à son cou vous envoie droit dans le mur

Les murs en disent long sur l’humeur d’un quartier, sur la poésie qui en émane, aussi bien que sur l’architecture conçue comme une représentation sérieuse, celle du monde des affaires et du commerce.

L’art sobre n’est pas moins beau que la débauche de couleurs toute proche
Que serait une ville sans tags ? Mais je ne suis pas sûr que j’apprécierais d’aller chercher mon courrier ici
Quelquefois la rue est son propre décor
Tout cela est bien complexe : ancien, moderne, marchand, artistique, humain, minéral… et cela fait l’âme du lieu
L’enfant et la fontaine

Il faisait chaud à Lyon ce jour-là. Un dimanche sans trop de voitures. Il y avait du monde dans les rues, et peu de masques malgré la Covid. Lyon était moins bruyante qu’à l’accoutumée. C’est ainsi qu’un rural comme je le suis apprécie la grande ville…

Exposition Giorgio Morandi au Musée de Grenoble

Une exposition assez étonnante, mais qui a eu au moins un bénéfice : après avoir regardé l’oeuvre exposée de Morandi et pris connaissance de sa vie (qui s’étend de 1890 à 1964, essentiellement vécue à Bologne), j’ai pu me rassurer quant à ma santé mentale et à la qualité de la vie que je mène dans la cité…

Pour plus de détail sur ce personnage singulier, je ne peux que vous renvoyer à la page Wikipedia qui lui est consacrée, tout en soulignant que si « sa vie fut consacrée à son art », elle s’est aussi réduite à cela dans un enfermement psychologique et physique impressionnant…

Autoportrait
D’abord graveur, avec une finesse de trait remarquable, Morandi a ensuite délaissé cette manière pour s’orienter vers la peinture. Jugeait-il le procédé à l’eau forte trop sombre ?

Les années de maturité de Morandi sont peu fertiles en évènements : le peintre mène à Bologne une vie calme et ordonnée, en compagnie de ses trois sœurs, célibataires comme lui, dans l’appartement de la via Fondazza hérité de leurs parents. À partir de 1915 et jusqu’en 1929 Morandi enseigne le dessin dans les écoles élémentaires de Bologne. En 1930 il devient titulaire de la chaire de gravure à l’Académie des beaux-arts de Bologne.

Nature morte métaphysique, 1918

Morandi n’est pas l’homme d’une école, au fil de son œuvre on peut retrouver chez lui l’influence de différents peintres, comme Magritte ou Cézanne.

Vue depuis la fenêtre de son atelier

Mais ce qui (personnellement) étonne le plus, c’est une forme d’enfermement, d’obsession, notamment pour la série des vases en nature morte. En voici quelques exemples, sans autre légende.

Cette répétition l’amène à réduire l’expression à une évocation, l’objet n’est plus représenté, il est deviné dans une brume et doit être interprété, si le tableau est vu hors contexte.

Parcourant les salles, on se lasse (je me lasse) de cette grisaille. Et puis, d’un coup, divine surprise, un jour apparût une touche de couleur :

Et la couleur fut…

Je suis sorti perplexe de cette exposition. Je fais mienne cette citation d’Yves Bonnefoy, qui pose un avis conforme à ce que je traduis de mon parcours de cette exposition : « Oui, Morandi est proche de Mallarmé. Comme celui-ci, on se doute bien qu’il avait la politesse du désespoir, la simplicité de l’extrême solitude, la douceur des négations radicales. »

C’est la dernière salle consacrée à Morandi. A la suite de celle-ci d’autres peintres italiens nous attendent pour une séquence « Italia Moderna ». Là, d’un coup, d’un seul, la violence (relative) de la lumière qu’ils mettent dans leur toile nous saute à la gorge… On se met à respirer, une bouffée d’air chasse l’enfermement qui caractérise à mon sens l’œuvre et la vie de Giorgio Morandi…

Leonardo Cremonini, Le soleil à carreaux

C’était une visite au musée de Grenoble au temps du Covid. Les masques étaient de sortie, espérons que cette époque étouffante (et aussi dérangeante que cette exposition) soit bientôt révolue et que nous puissions respirer aussi librement que nous le souhaitons…

Photos réalisées en RAW le 28 mai 2021 avec un smartphone (Huawei P30), développées avec Lightroom.