La nostalgie est un vilain défaut (troisième volet)

Premier appareil, déjà un Pentax

En ce temps là, il y a bien longtemps, venant de terminer mon service militaire, je projetais avec ma solde d’enseigne de vaisseau de réserve, dûment gagnée et épargnée, de faire un voyage lointain pour me changer les idées, avant de me projeter dans « la vie active ».

A noter, l’usure sur le levier de blocage et le déclencheur…

Je ne sais plus par quel biais, sans doute une petite annonce, je rentrais en contact avec un photographe amateur qui souhaitait monter en gamme. Il vendait un Pentax K-x, qui m’a paru en bon état, avec deux objectifs, le 50 mm classique à l’époque, et un 135 mm, déjà moins courant, plus quelques filtres dont j’ignorais totalement l’usage.

Premier voyage photographique, l’Égypte

Quelques jours plus tard, sans avoir eu le temps de tester le matériel, je prenais l’avion pour Le Caire, emportant appareil et rouleaux de pellicule. Quelques photos de la capitale, le temps de m’installer dans mon voyage, et je prenais le train, le bus, le taxi, destination le lac Nasser avec le projet de remonter jusqu’à Wadi Halfa si j’en avais la possibilité.

Aujourd’hui je me suis replongé dans les images prises à Louxor. Constatant sans étonnement que je n’avais que peu de photos des splendeurs archéologiques de ce site pourtant remarquable.

Le temple de Karnak, Louxor

Nous sommes en février, en 1978. Il fait froid, le soleil est bas sur l’horizon, les couleurs sont belles. Le site n’est pas mis en valeur, on y pénètre librement. Je me demande si c’est encore le cas en 2023. J’en doute. Je me promène, j’admire, quelques photos, mais je décide de repartir en ville et de revenir une autre fois, ce soir ou demain, pour le son et lumière. De celui-ci aucune photo ne me reste, bien sûr. Ma pellicule la plus sensible était du 400 ASA, et de toute manière mes moyens ne me permettaient pas de sacrifier une pellicule non terminée pour un résultat incertain.

Avant de repartir vers l’hôtel, je me promène le long du Nil, et au bord des canaux qui répartissent l’eau du fleuve vers les champs cultivés. La lumière est belle.

Retour des champs

La campagne égyptienne est vivante. La population se concentre autour des terres arables, et on croise nombre de paysans, des enfants souriants.

La densité du trafic ferroviaire n’est pas telle qu’il soit impossible de jouer sur les rails

Le jour tombe. Tous regagnent leur maison, la circulation sur les berges est intense (selon des critères ruraux, qui n’ont rien à voir avec ceux de nos modernes cités automobilisées). Les véhicules sont du type animal, mais l’immense majorité circule tout simplement à pied.

Au bord du Nil, cavaliers et lecteurs profitent de la tranquillité vespérale

Sauf quelques minibus circulant sur les routes empoussiérées, qui soulèvent derrière eux un nuage que les rayons du soleil couchant colorent de douces couleurs.

Transport de personnes le long d’un canal d’irrigation

Le lendemain, je visite Louxor. Au delà du centre touristique, qui ne me passionne guère, je découvre la vie locale et la mixité urbaine, loin des clichés touristiques.

Une rue typique, une passante non voilée. L’Égypte était alors tolérante

Au café. On fume le narguilé, on discute. Les commerces sont animés, la circulation des piétons et des vélos fluide. Sans bruit, sans hâte.

Savoir profiter des bons moments.

Peu de voitures. La plupart des rues sont en terre. Les livraisons en centre ville se font en charrette, tirées le plus souvent par des ânes.

La grande pharmacie de Louxor

En s’enfonçant au delà des rue commerçantes, on découvre une autre facette de la ville. Ici, dans un quartier calme et relativement prospère, on remarque une maquette de mosquée accrochée au mur d’un petit immeuble.

Naïveté colorée, un peu de fantaisie

A ce moment, quelque chose me frappe : l’absence d’affiches, de publicités, de panneaux directionnels… La rue est propre, et le regard n’est pas agressé par des injonctions commerciales ou circulatoires. C’est déroutant et bien plaisant à la fois.

En allant encore un peu plus loin, on rejoint les faubourgs moins bien tenus. Les constructions sont basses, peu entretenues. La rue est plus sale, pas d’égouts, ou de caniveaux, les eaux usées sont jetées sur la chaussée.

Continuant mon tour, en arrivant à la lisière de la ville, on découvre un habitat plus rural, mi-fermes mi-maisons. Bêtes et humains partagent les mêmes espaces. Les femmes sont voilées.

Les murs sont couverts de dessins et d’écriture, dont je ne connais pas le sens

Cela fait plusieurs heures que je déambule. Il est temps de revenir vers le centre. Je croise un cavalier souriant, probablement un notable, qui prend la pose et me demande de faire une photo. Je déclenche. Il me remercie d’un hochement de la tête et repart. Jamais il ne verra l’image saisie. Étonnant…

Le manteau, une bonne idée quand le soir tombe. Il fait frais

Je repasse par le bord du Nil pour regagner mon hôtel. Sur le quai, des bateaux accostés sont déchargés. Adultes et enfants travaillent, pieds nus, courbés sous le poids des colis. Je suis un touriste occidental bien portant et nanti au regard de bien d’autres. Pour ceux-ci , la vie est dure, elle sera sans doute courte.

Un père et ses deux fils déchargent une cargaison. Contraste avec l’hôtel moderne et bien tenu

Le lendemain, je reprends la route vers le sud. Le bus brinquebalant s’arrête à plusieurs endroits, pour accueillir de nouveaux passagers. J’en profite pour une dernière photo, des vestiges archéologiques au milieu des champs, des statues impressionnantes qui veillent sur la plaine.

Que contemplent ces dieux ?

Je poursuis mon voyage. Content d’avoir pu visiter les temples, heureux d’avoir découvert un autre mode de vie. C’est cela que je préfère dans le voyage. Déjà en Afghanistan, un an plus tôt, j’avais compris que la découverte humaine était le véritable sens. Et pour cela il faut savoir prendre le temps. Je le prendrai.

Les murales de Montréal (première partie)

Une courte introduction

N’étant pas un spécialiste de l’art urbain, j’ai eu besoin au moment de rédiger cet article de me documenter sur cette nouvelle discipline. La source première de ce propos introductif est un livre d’Olivier Landes, Street Art Contexte(s), publié chez Gallimard dans la collection Alternatives.

Je le cite : « Le développement du street art est assurément l’un des phénomènes majeurs de l’histoire récente de l’art contemporain. Il est ancré dans son temps, spontané, photographique et viral. (…) Son succès s’explique également par son caractère hybride : il conjugue l’univers de la rue avec celui de l’art (street + art), originellement éloignés. Les œuvres urbaines ouvrent des fenêtres poétiques dans des villes prosaïques. »

Une fenêtre poétique dans une ville prosaïque – Artiste Millo

Olivier Landes poursuit : « Alors que, dans les lieux habituels d’exposition, l’œuvre est montrée pour elle-même, dans un environnement volontairement neutralisé pour donner toute la place à l’art, l’œuvre d’art urbain, elle, jouit d’une mise en contexte systématique. Et lorsque le site est spectaculaire ou que la mise en contexte est parfaitement pensée, elle prend alors une toute autre dimension (…). »

Voyons cela de près…

Et commençons par l’enfant du pays, Leonard Cohen. Un héros, un héraut montréalais. Dont le portrait quasi photographique orne le pignon d’un des grattes-ciels du centre ville. Visible, comme le nez au milieu de la figure, du Mont Royal ! Vous voulez vérifier ? Revenez alors à l’article précédent, « Montréal, une ville française ? » pour vérifier mes dires, et examinez la première photo…

Murale d’El Mac et Gene Pendon – Leonard Cohen, héraut montréalais

Leonard Cohen, personnage singulier. Humaniste cérébral et tourmenté, mystique aux multiples égéries, amies et amoureuses… Grand dépressif devant l’Eternel, comme a su le traduire le street artist Kevin Ledo. Mais quel personnage, quel poète !

Je déteste les jours où je n’aime plus rien (Leonard Cohen)

Mais revenons-en aux citations des premières lignes de cet article, un peu plus haut. Avec un exemple, je voudrais illustrer la manière dont l’angle de vue change la perception de l’œuvre. Commençons par remonter le boulevard Saint Laurent, et admirons depuis la chaussée le travail de Shepard Fairey.

Vue depuis le boulevard – Shepard Fairey est aussi connu sous le pseudonyme de Obey

Maintenant, passons par l’arrière d’un bloc urbain dans une rue transversale proche, et recherchons le regard direct de cette femme. Que comprendre de cette intrication d’images et de lignes ? Pour moi, la question reste en suspens. Même si une conclusion s’impose : il est difficile de séparer la murale de son environnement.

Le message de cette murale gallinacée est politique. Nous y reviendrons

Les murales sont partout. Et même, certains artistes tentent la transformation de la façade d’un immeuble en une fresque géométrique. Personnellement je n’adhère pas. Mais à chacun de se faire un avis…

Michelle Hoogveld est une street artist spécialiste des juxtapositions de formes et de couleurs

Une chose est en tout cas certaine, les fresques sont partout dans la ville, et seuls les nouveaux arrivants, les touristes s’arrêtent pour les contempler, les montréalais les ont totalement intégrées dans leur cadre de vie.

Artiste inconnu – n’hésitez pas à me faire part de vos suggestions

C’est le décor dans lequel s’installe la vie. On marche, on s’assied, on prend le soleil, on téléphone…

De nouveau, artiste inconnu

Mais, comme en France, et cela m’attriste alors que d’autres acceptent volontiers ces transformations, ces œuvres sont parfois taggées par des sous-artistes qui les dénaturent au point de leur faire perdre leur équilibre esthétique. Cela aussi, c’est la vie…

Encore un artiste inconnu…

Toutes ces œuvres n’ont pas pignon sur rue. Parfois c’est pignon sur ruelle ou courette ! Il devient alors difficile de prendre suffisamment de recul pour admirer le tableau dans son ensemble. Comme dans le cas de cette murale de Jeremy Shantz.

Condamné à disparaître lors de la reconstruction de l’immeuble démoli ?

Arrêtons cette première séquence consacrée à l’art mural de Montréal avec une œuvre un peu inquiétante. Dans la cour d’un immeuble industriel logé dans une rue peu fréquentée, on aimerait comprendre cette fresque sans couleur, mais non sans dimension. Roa est un spécialiste des rats géants, il décrit sa démarche comme une thérapie. Je veux bien le croire.

Murale de Roa, sans légende

La seconde partie de ce article est programmée pour bientôt ou un peu plus tard… Restez en ligne !

Nouvelle année…

Un court billet à l’occasion de l’arrivée de 2023…

Ce matin, il fait beau et doux. Nous sommes le 7 janvier. Une promenade matinale bien agréable. Trop agréable. Cheminer ainsi sans manteau, réchauffé par un soleil rasant qui colore de tonalités chaleureuses une végétation dont les premiers bourgeons tentent une timide sortie, bien aventureuse, cheminer ainsi n’est pas de saison !

Mais ne cédons pas aujourd’hui à l’éco-anxiété, savourons plutôt ces teintes magnifiques qui dès l’aurore ont habillé le ciel et la terre. Et prenons la route de 2023 en respirant les vrais parfums de la terre, ceux de la nature en ce qu’elle a encore de sincère et de réel.

Tout à l’heure, demain, tout au long de cette année, nous serons noyés de nouvelles noires, de menaces, de crises, de négativités sans cesse renouvelées. Autant de bonnes raisons pour goûter cet instant, ce moment de répit, tout en restant attentifs à ce qui nous entoure, à notre environnement. Ne nous centrons pas sur nous-mêmes ! Ainsi nous pourrons construire les quelques actions, effectuer les gestes simples qui demeurent à notre portée pour ne pas contribuer à l’aggravation de notre monde.

Giacometti, tableau de Bonnard – Fondation Maeght juillet 2022

Oui, restons attentifs à l’air du temps, sachons profiter lucidement des bons moments sans céder au catastrophisme ambiant, ni à une euphorie hors de propos en cette époque incertaine.

Meilleurs vœux à tous !

La nostalgie est un vilain défaut (seconde partie)

Sorties de route

Confinés à l’intérieur par une pluie continue, c’est le moment de publier une suite au premier article de ce site consacré à l’obsolescence des choses, à leur disparition inéluctablement programmée, car tout a une fin…

Cette fois-ci, c’est au transport que sera consacrée cette publication. Plus précisément au transport mécanique, dont la force motrice est généralement fournie par une énergie qui devient rare, le pétrole.

Commençons par la source de celui-ci, pour les véhicules qui nous intéresseront dans la suite de cette parution. Voici le point de départ, pas très moderne, pas plus fonctionnel aujourd’hui que ceux qu’il alimentait. Au début était la pompe à essence…

Mémoire de l’époque où les distributeurs de carburant faisaient le mur

Nous sommes dans l’immédiat après-guerre. Les moyens de transport étaient bien plus rustiques que nos modernes engins. Et notamment les utilitaires, qui pour certains démarraient encore avec la manivelle, actionnée par des bras vigoureux.

Dans la cour d’une ancienne scierie, à Claix en Isère

Au hasard des promenades en campagne, on rencontre parfois des voitures, des camions… abandonnés, habités seulement par de la végétation ou par des petits animaux. Si ces objets paraissent en photo d’un intérêt graphique, ils n’en sont pas moins des pollutions… Tant qu’ils n’ont pas été digérés par le temps. Cela viendra, un jour.

Installons-nous au volant,

Balade au flanc du Vercors

Enclenchons la première vitesse,

Vercors encore

Nous pouvons démarrer et continuer cette visite, en comptant sur la robustesse de ces moteurs solides, lourds, fidèles bien que souvent capricieux.

Engin de travaux publics, Hautes-Alpes

Sur ces chemins cahoteux, nous avançons fort secoués. Regrettant de ne pas disposer d’un de ces bolides qu’admirent les spectateurs du Paris-Dakar, comme ces fabuleux buggies.

La Claix des champs, avec un tel outil !

Mais restons raisonnables, nous n’avons pas les moyens d’un tel bijou. Alors, modestement, rabattons-nous sur une classique berline rurale, dans laquelle on peut entasser enfants, légumes du jardin pour les vendre au marché, et bien sûr, comme tous à la campagne à cette époque, le (ou les) chien(s).

Peugeot 203 commerciale, circa 1955, Félines sur Rimandoule

Il aurait aussi été possible d’opter pour la version familiale, le coffre est suffisamment vaste pour un usage au quotidien. Autre avantage, la banquette arrière en skaï bien glissante et sans séparation, très appréciée dans les virages serrés. Appréciée des très jeunes, moins des adultes !

Celle-ci finit ses jours à Allex, dans la Drôme

Mais le manque de moyens peut aussi conduire à un choix plus simple. Une autre utilitaire de cette époque était la 2 CV, rustique et efficace, mais bien peu confortable lorsqu’on chargeait plus de 6 ou 7 passagers. Ah, les maudits tubes de la « banquette » arrière ! C’est plus souvent cette version basique que l’on croisait sur les routes des provinces profondes, telle la Champagne de mon enfance. Ou encore la version fourgonnette, appréciée des agriculteurs et maraîchers, reine des chemins boueux ou enneigés sur lesquels on circulait à cette époque.

Bien à l’abri à Bourdeaux !

Un autre modèle iconique, on en voit encore sur les routes, était l’Estafette Renault, légèrement plus tardive. Un autre grand plaisir, celui de se coincer les doigts dans la porte latérale, qui se débloquait brutalement après de longs efforts !

Dans la Drôme, toujours à Allex

Pour transporter encore plus, il était possible de se tourner vers le Peugeot D3, au museau proéminent en raison d’un radiateur encombrant.

Peugeot D3 en villégiature bourdeloise

Un peu plus tard vint le Peugeot J7, qui fit l’objet de multiples usages et déclinaisons. Celui-ci a été transformé en pizzeria ambulante.

La pizzeria de Félines, sur une place arborée

Si on ne cherchait pas un usage mixte, ou professionnel, on pouvait alors trouver sur le marché automobile des voitures plus petites, telles la SIMCA Aronde, largement répandue.

Une hirondelle au repos. Allex toujours.

Avant de clôturer cette promenade nostalgique, faisons un détour vers les deux roues et un pays étranger, en l’honneur de la COP 27 qui a débuté il y a quelques jours. Elle se déroule en Egypte, à Charm el-Cheikh. Voici une moto bien anglaise, au détour d’une rue du Caire.

BSA, a priori une M21 600 cc (Le Caire)

Les anglaises avaient la réputation de perdre leur huile sur les trottoirs, et aux feux rouges. Apparemment ce n’est pas le cas de celle-ci. Mais dans l’éventualité où le carter se serait fendu, il aurait été utile de faire appel aux secours. Comptons sur les équipements modernes de nos pompiers pour d’un jet puissant nettoyer la chaussée.

Le Hohwald, en 2009

C’est ainsi. La nostalgie est un vilain défaut, mais il faut aussi savoir se faire plaisir et sourire de nos souvenirs.

Montréal, une ville française ?

Une visite au Canada, épisode 1

Il existe bien en France des villes dénommées Montréal, mais elle ne sont pas comparables en taille et en notoriété avec la métropole canadienne (québecoise, plus précisément), où la langue française reste la langue la plus pratiquée. Peut-être plus pour très longtemps…

Montréal est en fait une ville américaine, où (presque) tout le monde parle français.

Au-delà de cet avantage linguistique pour les touristes que nous étions dans le cadre d’une visite familiale, Montréal est une ville accueillante, où nous nous sommes immédiatement sentis à l’aise, confortables, en sécurité.

La ville et son fleuve (Montréal est bâti sur une île du Saint Laurent) – notez la gigantesque fresque murale portrait de Leonard Cohen

Notre séjour s’est déroulé fin septembre, début octobre. L’été indien est pour bientôt, mais aujourd’hui nous pérégrinons dans la ville, et notre première visite est pour le Mont Royal, tout naturellement…

Cette éminence domine et contemple la ville. Les règles d’urbanisme locales, par décret du gouvernement du Québec promulgué en 2005, font qu’aucune construction ne pourra s’élever au dessus du sommet de la colline, qui culmine modestement à 234 mètres. Ce qui pour un building moderne n’est pas grand chose (pour comparaison : le plus haut building du Canada est la tour CN à Toronto, 147 étages et 447 mètres, presque le double).

La ville est un mélange étonnant d’ancien et de moderne. Si cela se retrouve dans l’habitat, c’est tout aussi vrai pour les immeubles de bureau, comme nous le découvrons au hasard des rues que nous parcourons à pied.

La juxtaposition de constructions de différents styles et époques est surprenante !

Mais n’oublions pas les églises et les autres édifices à caractère religieux. Montréal, autrefois dite la Rome d’Amérique, compte en 2011 plus de 600 lieux de culte, souvent catholiques romains, majoritairement chrétiens, mais aussi judaïques, islamiques, bouddhiques, parmi d’autres.

Église catholique représentative du style néoclassique

Ces édifices sont soutenus par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, lorsqu’ils ont été construits avant 1945.

Étrange, avec son quasi-minaret…

Nous pouvons sourire, gens de l’ancien monde (?) monde, de cette intention de protection compte-tenu de la richesse patrimoniale de notre vieille Europe. Mais soyons humbles, tout est relatif et ce qui importe avant tout est d’inscrire dans le paysage une histoire commune qui forge une identité collective.

Bâtiment religieux inséré dans la cité : noter la fresque (une murale, en québecois)

Cette culture religieuse se double d’un autre culte, celui des « murales« , œuvres d’art exécutées sur un mur d’immeuble, d’un caractère permanent (dans la mesure où la rénovation de la ville ne détruit pas le support lors d’une opération de démolition/reconstruction) ou temporaire. La cohabitation de ces caractères urbains se fait sans heurts, comme en témoigne l’image ci-dessus. Je reviendrai plus tard sur ces impressionnantes peintures, dont la beauté et la puissance sont souvent remarquables. On n’en trouve pas qu’à Montréal, certes, mais leur profusion ici donne un caractère tout particulier à la cité.

Au sommet d’un entrepôt, boulevard Saint Laurent

Un autre type de patrimoine est constitué d’anciens bâtiments et/ou installations industrielles. Si certains vestiges sont discrets, comme celui-ci situé au sommet d’un immeuble caractéristique mais d’un type assez commun dans la ville (un ancien entrepôt), d’autres sont en revanche des monuments en eux-seuls, comme cet ancien silo au bord du canal de Lachine.

Silo à grains, rénové, au bord du canal de Lachine

La présentation qui suit, en italique, est empruntée à Wikipedia.

Le canal de Lachine est un canal traversant la section sud-ouest de l’île de Montréal entre le lac Saint-Louis et le Vieux Port. Nommé d’après l’arrondissement de Lachine, il permet d’éviter les rapides du même nom sur le fleuve Saint-Laurent. Ouvert en 1825, agrandi deux fois au XIXe siècle, il a joué un rôle important dans le développement industriel du Canada et de Montréal. Il est fermé à la navigation commerciale depuis 1970, remplacé par la voie maritime du Saint-Laurent.

Le canal est désigné lieu historique national du Canada en 1929. Une piste cyclable et pédestre longe ses berges depuis 1977 et après trente années d’inactivité il est rouvert à la navigation de plaisance en 2002.

L’écluse d’accès au canal, à la jonction avec le Vieux Port

A proximité, dans le Vieux Montréal, le Marché Bonsecours témoigne lui aussi du développement économique de Montréal le long du fleuve Saint Laurent et du canal.

Le fameux dôme du Marché Bonsecours, emblème de la ville

Enfin, il est difficile de parler de Montréal sans évoquer le Saint Laurent, la grande artère fondatrice de la ville, et notamment le pont Jacques-Cartier qui l’enjambe. Nous le voyons ici depuis le Vieux Port.

Le pont Jacques-Cartier et la seconde grande-roue de Montréal

Un dernier coup d’œil, de l’autre côté du bras du fleuve qui nous sépare de l’Île Sainte-Hélène, où on aperçoit la Biosphère, attraction montréalaise connue de tous, avant de refermer le premier chapitre de ce voyage au Québec.

L’Île sainte-Hélène et le sommet de la Biosphère, sur l’autre rive

C’est tout pour aujourd’hui. A suivre, bientôt…

Chez Bonnet…

Monsieur Bonnet a existé. Il était ouvrier agricole. Célibataire sans doute, mais l’histoire ne le précise pas. Il habitait dans une cour de ferme, dans une masure sans eau, sans électricité, avec une simple cheminée en guise de cuisinière et de chauffage.

Son domicile a été ouvert à la visite. C’était ce week-end, 17 et 18 septembre 2022, les Journées du Patrimoine. Poussons la porte, et en faisant attention tant aux obstacles à terre qu’aux outils et autres objets accrochés à hauteur de nos cheveux, saisissons l’esprit des lieux. Par l’image…

La cour

On parvient chez Monsieur Bonnet par un plan incliné, à droite sur cette image. Contre le mur de la grange en pisé, à gauche de la descente des eaux pluviales, subsiste le support en bois de la pompe à main qui alimentait le logement.

Le placard

Peu de vêtements, peu de biens. Le seul espace de rangement est un placard mural, pour l’ouvrir il a fallu nettoyer les abords.

La pince

Sur ce placard, une pince. Bizarre. A quoi servait-elle ? A accrocher des notes, des instructions ? Le locataire de ces lieux savait-il lire ? Et puis, est-elle d’époque ? Cela n’est pas sûr.

Il fut un temps où l’électricité illuminait cet endroit.

D’autant moins sûr que Monsieur Bonnet n’avait pas l’électricité, nous le savons. Or, un système d’éclairage que nous ne pourrons qualifier de moderne a été installé dans la salle. Fort heureusement, plus rien n’est branché, c’est rassurant compte tenu de la vétusté de l’ensemble.

Mais alors, à quelle époque vivait Monsieur Bonnet ? Une plaque de concours agricole sur la cheminée pourrait peut-être nous aider, examinons-la.

Second prix au concours d’instrumens (sic) à main de 1859

Monsieur Bonnet était donc un bon ouvrier. Capable de réaliser des instruments agricoles à main, semble-t-il. Il aurait donc vécu au mitan du XIX ème siècle.

Les rideaux de la porte d’entrée

Un regard en arrière pour s’assurer que son fantôme ne se penche pas au dessus de notre épaule. Non tout va bien, le jour luit dehors, malgré le filtre des voilages. Reprenons notre exploration et regardons au plafond…

Décor arachnéen, pièce numéro 1

Et là, surprise, nous pouvons contempler des œuvres d’art, réalisées par les chasseuses d’insectes, appelées à régner dans cet endroit abandonné. La sciure relâchée par les poutres et le plancher auxquels elles sont accrochées leur donne une densité et une couleur inhabituelles. En voici une, en voici deux, trois…

Décor arachnéen, pièce numéro 2

Quant aux formes ! Elles sont étonnantes, variées. Plates ou rondes, lisses ou trouées, pleines ou comme en dentelles…

Décor arachnéen, pièce numéro 3

Elles ne datent sans doute pas de l’époque de Monsieur Bonnet, mais elles portent quand même le poids des ans. Quels sont les auteurs de ces œuvres ? Partons à leur recherche…

L’autre fenêtre

Une investigation un peu poussée confirme nos soupçons. A l’avenant du reste des lieux, une fenêtre habillée de tissu grossier nous présente une solution. En nous approchant, nous commençons à y voir clair, si l’on peut dire ainsi dans cette semi-obscurité.

Une des coupables

Une des membres de cette bande d’assassin, pas plus vivante que ses victimes, nous donne la réponse. Et celle-ci est simple. Les araignées ! Monsieur Bonnet n’était pas, sauf preuve du contraire, une fée du logis et ses successeurs n’ont pas été plus versés dans la bonne tenue d’un ménage. On a dû voir en ces lieux plus souvent de la tête de veau qu’une tête de loup. Lui-même était peut-être une tête de mule…

Ce fut ainsi une visite hors norme, publiée à l’occasion des journées du patrimoine 2022 !

La nostalgie est un vilain défaut (première partie)

Février a laissé sa traîne de glace, qui s’est incrustée en ces premiers jours de mars. Au chaud devant mon écran, je parcours les images de temps plus agréables. Et je retrouve celles que j’ai collectées il y a déjà quelques années au long d’une rivière, dans une ambiance à la fois ensoleillée et onirique…

Il y a deux semaines, la Russie a envahi l’Ukraine. C’est peut-être à cause de cet événement que cette image d’une nostalgie poétique a retenu mon attention. Parce qu’il reste un peu de couleur malgré les assauts des agents agresseurs, parce qu’il y a un message qui aujourd’hui trouve un écho singulier…

Ecouter… Liberté par Charles Aznavour

Liberté, liberté, qu’as-tu fait de ta liberté, de ceux qui voulaient te défendre ?

Avec une rose au chapeau, bien plus jolie qu’un drapeau…

Rien n’a changé dans leur cœur, ils n’ont pas froid, n’ont pas peur, c’est toujours toi liberté leur soleil.

Le flot d’information nous accable, il nous donne mauvaise conscience. Avons-nous le droit d’être heureux quand d’autres souffrent de blessures, de privations physiques et morales ? La mauvaise conscience est-elle une obligation ? Que faire quand nous ne pouvons rien faire, ou pas grand chose ? Quand il est tout simplement raisonnable d’être égoïste, quand aucune porte ne s’ouvre, si ce n’est sur un dilemme irrésolu…

Les reflets de ces enveloppes déchirées me semblent illustrer ce malaise. Il y a le solide de la réalité, la matière, le matériel. Il y a aussi le reflet trouble que l’eau calme renvoie à nos émotions et à nos esprits.

La mémoire du travail des uns est la toile de fond des loisirs des autres
A quoi sert une chaîne quand bouger n’est plus possible ?
Sourire édenté
Métal hurlant
Janus l’endormi repose
De quel mal témoigne cette éventration ?

A certains moments seule la ruine survit. Et elle nous renvoie à des temps meilleurs, à des époques où il était possible de parcourir les horizons sans crainte et sans honte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Tout est là, mais tout est perdu
Même si, parfois, il reste les lignes quand ont disparu les apparences cosmétiques

La nostalgie est un vilain défaut. Et pour la satisfaire aujourd’hui, ce sont des vers de Musset qui remontent à la surface de mon esprit…

Eh bien ! ce fut sans doute une horrible misère que ce riant adieu d’un être inanimé.  Eh bien ! qu’importe encore ? Ô nature ! ô ma mère ! En ai-je moins aimé ?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tête ; jamais ce souvenir ne peut m’être arraché ! Comme le matelot brisé par la tempête, je m’y tiens attaché.

Je ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent ; ni ce qu’il adviendra du simulacre humain, ni si ces vastes cieux éclaireront demain ce qu’ils ensevelissent.

Poussière, tu retourneras en poussière…

Le soleil comme les traits s’est effacé. Les larmes du ciel détrempent les restes. Ne demeure que ce que l’imagination peut reconstruire des temps plus heureux… Bientôt le printemps, qu’apportera-t-il ?

Sylvographie, sylvothérapie ?

De l’insatisfaction naît la transformation…

Je rencontre parfois au cours de mes promenades des paysages qui d’un coup s’imposent à mes yeux. Souvent ce sont des arbres qui attirent mon regard. Particulièrement en hiver, ou au printemps, quand l’ossature, le squelette est rendu apparent par l’absence du feuillage. La ramure se déploie alors, à l’instar de celle du cerf qui frappe l’imagination en déployant toute la puissance et la beauté de l’animal. Mais fort heureusement l’arbre ne perd pas sa ramure à chaque fin d’hiver !

La plupart du temps j’ai un appareil avec moi. Mon compact, plus précisément un Sony RX100, ou mon reflex habituel. Je saisis l’instant, j’inscris ce personnage sylvestre dans son environnement, qu’il soit calme ou venté, humide ou sec. Mais bien souvent je suis frustré au développement. J’avais sans doute vu en noir et blanc, car ce qui apparaît sur l’écran est bien loin de ce que j’avais souhaité y ytrouver. Les couleurs en particulier peuvent être fort éloignées de mon souvenir, ternes ou criardes. Déçu, je m’apprête à mettre l’image à la poubelle. Ce qu’aucun photographe n’aime faire. Je ne le fais donc pas immédiatement…

Je me donne un peu de temps, et il arrive parfois que, quelques jours ou quelques semaines plus tard, je revienne sur cette photographie. Je corrige, je transforme. En noir et blanc. En sépia. Tiens, en sépia. Cela me va bien. J’aime beaucoup les photos anciennes, et cette couleur convient bien à mon tempérament un peu nostalgique.

Allons-y. Je puise dans ma boîte à outils, et y trouve la suite logicielle Nik Collection. J’avais oublié jusqu’à son existence. A l’époque où je l’avais chargée elle était gratuite, j’avais été bien inspiré. Depuis, c’est une autre histoire. Mais je ne m’en suis jamais servi, peut-être parce que je ne l’avais pas payée, allez donc savoir ?

Ainsi, à partir d’une photo que j’avais du mal à détruire, j’ai composé une série que j’ai pu exposer, et que je pourrais compléter le cas échéant.

Mais commençons par le début de l’histoire…

Il était une fois une photo qui évoque une belle journée de randonnée, mais dont je ne suis pas satisfait, car elle est terne :

La photo originale

J’essaye de lui redonner du tonus, en couleur encore, mais le résultat est artificiel. L’insatisfaction demeure…

La même image, après un premier traitement

C’est mieux, mais ce n’est pas encore cela. D’où l’expérimentation de la Nik Collection. Je tâtonne, j’essaye le noir et blanc, les effets dramatiques. Rien ne me convient. Je change de filtre, et essaye Silver Efex. Intéressant. Je puise dans les filtres anciens, je transforme l’image en sépia, effet Ancienne plaque. Et là, oh miracle ! je découvre un résultat plaisant. De mon point de vue bien sûr…

Toujours la même image, cette fois traitée par la Nik Collection, module Silver Efex, 036 Ancienne plaque II

J’essaye le filtre précédent, par acquit de conscience. Pas mal non plus, mais je n’y trouve pas mon compte.

Avec le filtre 035 Ancienne plaque I

Je reviens à l’édition précédente, et cette fois procède avec une image moins compliquée, mais dont les couleurs ne me satisfont absolument pas, et que je n’arrive pas à traiter comme je le souhaite :

Au sommet de La Lance (Drôme)

Je passe directement au sépia. Bonheur !

Sans couleur, avec un fort vignettage, voici qui me convient bien !

Je m’acharne, au risque de travailler par procédé (au sens de « recette toute faite visant à obtenir artificiellement un résultat avec peu de moyens »). Mais je sors quelques images qui me conviennent, et que je me permets de vous faire partager sans autres commentaires…

El Desdichado
Le fantôme de la falaise
Mélancolie sans queue ni tête
Mirage de début d’été

Ces transformations m’ont permis de générer de nouvelles images, que j’ai tirées. Le rendu sur papier mat est superbe… Cela en valait la peine (cela en valait le plaisir !).

Illustrer un dossier patrimonial

Au-delà de sa fonction de loisir, ou de recherche personnelle, la photographie peut être un outil d’illustration d’un dossier administratif. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut rester strictement documentaire, avec des images purement descriptives. En effet, il arrive qu’il soit possible de combiner efficacité iconographique et plaisir, tant à la prise de vue qu’au développement.

Projet du jour, quelque part en Rhône-Alpes : établir le bilan patrimonial imagé d’un site remarquable. Commençons par poser le cadre…

Première image, premières impressions

La vue est ici prise en surplomb, au moment du repérage initial. Cette étape permet de prendre connaissance de l’organisation des lieux, et de repérer les aspects patrimoniaux les plus marquants.

Une fois cela fait, retour au bercail pour le lendemain revenir sur site avec la personne chargée de me faire découvrir cet ensemble architectural. On accède à la ferme par le chemin de terre visible juste au dessus des toitures.

Vue prise du carrefour avec la départementale, sur laquelle se raccorde le chemin d’accès

Ce matin il fait très froid, nous sommes en janvier. La lumière est bien différente de celle de la veille, mais cela n’aura pas d’incidence sur les prises de vue. Si ce n’est qu’il est toujours difficile avec les doigts gourds de manipuler les réglages et le déclencheur de son boîtier (un Pentax K3-II, parfait pour ce type de tâche).

Vue vers la plaine et le village proche

Certains seront tentés de passer la mise en situation, de ne pas décrire l’environnement du lieu. Mais ce serait d’autant plus dommage qu’il est bien esthétique, dans la brume légère de ce jour d’hiver.

Les bâtiments forment une cour close. Le portail est déjà ouvert, le photographe est attendu

Les photos de l’extérieur peuvent être faites avec un zoom (en l’occurrence l’excellent 16-85 mm, Pentax encore et toujours).

Le portail et son encadrement de pierre, en parfait état

Maintenant il va falloir mettre en évidence à la fois les aspects positifs du bâtiment (dont la toiture, entièrement refaite) et l’état d’abandon des locaux. C’est le cahier des charges qui a été proposé et accepté. Le travail commence par les anciens bâtiments agricoles.

L’état de propreté des lieux est impressionnant

Dans un premier temps, le zoom standard remplit parfaitement son rôle, et permet de mettre en évidence le bon état des salles, alors qu’elles n’ont pas été utilisées depuis bien des années. L’association qui utilisait les lieux a fait un remarquable travail d’entretien courant et de nettoyage.

Mais les choses se compliquent lorsqu’il s’agit d’illustrer les lieux de grand volume, sans disposer d’un recul suffisant. Le grand angle devient alors indispensable. Exemple, le cas de cette salle splendide qui combinait une bergerie et un fenil dont le plancher a aujourd’hui disparu :

Vue non corrigée optiquement de la bergerie, depuis la porte d’accès du fenil

Il faut donc en passer par un traitement logiciel. Ici c’est Lightroom CC d’Adobe qui a été utilisé :

Vue de la même bergerie, à l’opposé de la photo précédente

Petite difficulté, si l’allure générale (et la beauté !) de cette salle est bien rendue, si les perspectives sont bien redressées, il n’est pas certain que les proportions soient bien réalistes.

La même difficulté apparaît dans les pièces d’habitation. La première image est « brute de capteur », la seconde est corrigée par le logiciel :

Photo non développée, les droites sont totalement déformées
Après correction des perspectives

Il est bien difficile de dire laquelle des photos est la plus conforme à la réalité. En fait, il s’agit de deux interprétations différentes. La première représente mieux les volumes, la seconde corrige les formes, mais en donnant l’impression d’une surface bien plus importante que la perception lors de la prise de vue.

Vue du premier étage du bâtiment d’habitation

En étant prudent, car les planchers sont dangereux, il est possible d’accéder à l’étage. Ceci permet de mettre en évidence le mauvais état de certaines parties, quasiment inaccessibles en raison de la vétusté.

Le soleil a enfin fait son apparition, la lumière change, les ombres sont un peu plus marquées.

Vue depuis le chemin d’accès, les ombres sont maintenant fortes

Il reste encore à décrire l’architecture d’ensemble de la ferme de manière plus précise. Retour vers le point d’observation utilisé hier à la recherche d’une fenêtre de prise de vue. Recherche bien difficile, car même si les arbres sont nus, les branchages perturbent la mise au point. Enfin une solution est trouvée, mais il convient quand même d’éliminer les éléments perturbateurs en bas de l’image. Là encore le recours au logiciel s’avère efficace…

Avant élimination des détails gênants (premier plan)
La même photo après traitement par Lightroom

Cette séance photographique s’est faite en deux séquences. Le temps passé sur site a été largement inférieur au temps derrière l’écran. Cela n’en reste pas moins un vrai plaisir, celui de « créer » l’image que l’on recherche, expressive autant que documentaire. Parfois en allant au delà du réel, comme cette dernière photo, volontairement poussée comme une forme de dramatisation. C’était un peu l’esprit du lieu à ce moment là…

Juste pour le plaisir de l’œil et de l’esprit…

Réunion sans soleil, mais pas sans plaisir

En vacances à La Réunion dans un contexte de visite familiale, nous avons eu le loisir de pratiquer (à notre modeste niveau) la randonnée dans quelques uns des plus beaux cadres possibles, et en particulier en traversant le cirque de Mafate.

Une première observation, un dimanche ensoleillé, a permis de faire connaissance avec la topographie surprenante, tourmentée, de ce lieu magique que quelques jours plus tard nous allions traverser.

Vue générale du cirque, depuis Roche Verre Bouteille

Mais à La Réunion, début octobre, la météo est fort variable. Et si nous avons quitté la côte ouest par un temps bien plaisant, l’arrivée au Col des Bœufs ne nous a pas donné l’occasion de contempler la classique carte postale : ciel dégagé, couleurs éclatantes de la végétation, température estivale (selon nos critères métropolitains)…

Le cirque de Mafate vu du Col des Bœufs, le 7 octobre 2021

Qu’importe, cela sera l’occasion de réaliser des images moins classiques, et de mettre en valeur des formes parfois fantastiques sans qu’elles soient écrasées par une lumière trop vive.

Nous nous engageons sur le sentier qui descend par une pente raide vers les hameaux du cirque. Il reste encore un coin de ciel bleu…

Montée vers le Col des Bœufs

Très rapidement, nous plongeons dans un autre univers. Nos yeux, notre esprit, sont accaparés par la végétation étonnante qui se dégage de la brume à chaque pas que nous faisons. Nos pieds foulent un sol souple, quand ils s’écartent des lames de bois disposés pour faciliter la marche.

La descente commence – cheminement sous la frondaison

La végétation se transforme. Surprenante pour un randonneur européen, elle témoigne de l’humidité de ces lieux, de la moiteur du climat du centre de l’île.

Le déploiement des fougères géantes
Les mousses qui telles de longue barbes habillent les branches de l’ombre

Nous quittons le relief, pour continuer notre chemin sur un sol bien stable. Il n’y a pas d’horizon, la végétation est partout. Pas très haute, mais dense. Sur un sentier aussi facile nous pouvons laisser nos sens errer et notre imagination développer des rêves éveillés.

Un moment de bonheur pédestre

Et nous arrivons ainsi au premier hameau, La Nouvelle. Nous n’avons toujours pas vu Mafate sous le soleil. Il ne brille que par son absence…

L’église
L’école
Le dispensaire, qui porte fièrement un panneau CHU !

Nous pouvons réaliser à quel point l’éloignement de la ville et les difficultés d’accès modèlent l’habitat et l’organisation sociale d’une manière plus générale. Même si depuis quelques années le transport sous hélicoptère s’est développé, la sobriété est la règle de fonctionnement de la communauté.

Nous reprenons notre chemin. La végétation est luxuriante. L’eau est partout, nous traversons plusieurs torrents, à pied presque sec ou sur des passerelles bien aménagées. Des cascades ruissellent d’une eau fraîche et claire.

Une des cascades

Nous hâtons le pas. Le jour tombe et il nous faut arriver avant la nuit à Marla, le hameau où nous devons loger. Il commence à pleuvoir, la température descend. Nous enfilons nos vestes imperméables. La fin de cette journée se fait à la frontale, sur un sol devenu glissant avec la pluie. Heureusement, le gîte Trois Couleurs est confortable, un bon repas nous remet à peu près d’aplomb, après une douche bien froide. L’inconvénient de l’énergie solaire ! Les autres randonneurs sont arrivés bien avant nous, et ce n’est pas la lueur de la lune qui va nous permettre de disposer d’eau chaude au réveil.

Nous repartons le lendemain matin, toujours sous les nuages, pour rejoindre Cilaos via le Col du Taïbit.

Marla, depuis le sentier vers le col

La montée vers le Taîbit se fait sous les nuées, mais il ne pleut plus, et la température est redevenue clémente. Elle est même bien agréable, confortable. Et les paysages qui se dévoilent à nous au détour du chemin sont toujours aussi beaux.

La végétation s’accroche partout, parfois imposante par sa taille

Nous arrivons au col. Une courte pause, et nous commençons la descente dans la brume, le paysage devient vraiment féérique.

Début de la descente vers Cilaos
L’imagination se saisit des formes estompées par la tiède grisaille

Et puis, alors que nous cheminons entourés d’arbres étranges, nous apercevons une timide lueur bleue au dessus de nos têtes. Bientôt, dans la plaine, le soleil nous rejoindra.

L’écorce tout en relief de certains arbres fascine lorsque le regard s’élève

Nous arrivons à la tisanerie. Endroit surprenant, qu’on nous avait vanté (méfiez-vous des guides touristiques !) et qui se révèle un peu décevant. Pour autant cette pause nous permet de visiter un jardin tout en couleurs bien locales, nettement plus vives que le feuillage que nous avons pu admirer depuis deux jours.

La couleur, le retour.

Encore quelques lacets en descente, nous sommes arrivés. Notre périple se termine à Cilaos, belle bourgade où nous flânons. Retour à la civilisation mais toujours avec une pointe d’exotisme, qu’il est possible d’illustrer par la couleur de certaines cases anciennes.

Une maison à Cilaos, comme une bonbonnière !

Quelle belle île ! La longueur et la pénibilité de notre voyage sont bien loin, effacées par la richesse de notre séjour, par la beauté des paysages et par la gentillesse et la tolérance des réunionnais.