Je dépense donc je suis

Balade grenobloise 30 mars 2025 020 PL6 Tri scaled

Ou l’inanité de la consommation effrénée…

Cogito, ergo sum… La formule de Descartes rend l’existence d’un être humain certaine de par l’évidence de la pensée. Si je ne pense pas, ,je ne suis pas.

Aujourd’hui, est-on certain qu’une importante fraction de la population occidentale, vivant dans une sphère capitaliste, existe vraiment par le fait que chacun de ses membres pense ? J’entends, que ces personnes pensent par elles-mêmes ? Je n’en suis pas sûr…

Assommés par la publicité et les réseaux sociaux, les cerveaux dé-pensent, abandonnent la réflexion personnelle au profit du suivisme d’un groupe, d’un politicien, d’un influenceur… Dont les propos érigés en pensée unique dictent la conduite (souvent consommatrice) de ces dé-pensants, dans un grand nombre de situations.

Ainsi, on pourrait réécrire le Cogito, en français moderne, par :

Je suis, donc je suis

Ce n’est pas une tautologie. Le fait de suivre (un maître, un gourou, un publicitaire, un politocard…) me permet d’être, d’exister. Je suis « essentialisé », en langage moderne, réduit à mon statut d’écervelé car ayant abandonné tout esprit critique. J’existe parce que je suis relié à une communauté. Je suis une poussière dans la masse…

Mais je veux malgré tout être un individu singulier, être isolé parmi ce nuage. Alors que faire ? La réponse est simple : consommer ! de manière ostentatoire de préférence, car ainsi on me remarquera et le regard des autres me valorisera, je sortirai du néant.

C’est là que se rejoignent plusieurs phénomènes, je voudrais simplement en évoquer deux : la logique narcissique d’ »embellissement » de mon corps et le recyclage d’argent sorti de nulle part.

Le moderne embellissement corporel

On peut citer plusieurs manières de parvenir à ses fins (être remarqué pour sortir d’un anonymat pourtant recherché), en recourant aux services de professionnels de l’esthétique corporelle. Citons en vrac les ongleries, les barber-shops, les tatoueurs, les salons de massage…

Mais, sincèrement, peut-on expliquer l’explosion du nombre de ces commerces (de ces façades commerciales) par la fréquentation de leur clientèle ? On a par endroits l’impression qu’il existe plus de boutiques que de chalands.

Peu importe. Le résultat est là. Dès ma sortie de chez ce tatoueur – de cette onglerie – de ce barber-shop (rayer les mentions inutiles) un selfie me permettra de poster sur les réseaux sociaux la transformation de mon corps, et donc la valeur nouvelle que j’ai acquise aujourd’hui.

Je dépense donc je suis

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